Verdier-Molinié : "Il faut augmenter le temps d’enseignement au collège et au lycée"

Illustration cour de lycée (©Frank Perry)
Illustration cour de lycée (©Frank Perry)

Alors qu’un rapport de la Cour des comptes pointe l’immobilisme et la rigidité du corps enseignant dans l’Éducation nationale, Agnès Verdier-Molinié, directrice de l’Ifrap (Fondation pour la Recherche sur les Administrations et les Politiques publiques) était l’invitée du journal de 18h sur Sud Radio pour évoquer la gestion de l’argent public dans les établissements scolaires.

54 000 postes créés, des carrières et des rémunérations revalorisées, et le tout sans aucune contre-partie. Tel est le bilan que la Cour des comptes dresse du dernier quinquennat pour ce qui est de l’Éducation nationale. Alors que ce rapport devrait faire parler dans le monde enseignant, Agnès Verdier-Molinié, directrice de l’Ifrap, était l’invitée du journal de 18h sur Sud Radio pour en parler.

"On est très en-dessous des autres pays de l’OCDE"

"Ce qui aurait dû être fait, et on l’a dit à l’époque de ces revalorisations, c’est d’augmenter le temps d’enseignement, notamment dans le second degré (collège et lycée). On a aujourd’hui des certifiés qui donnent 18 heures de cours par semaine, des agrégés qui en donnent 15, et quand vous regardez les chiffres des autres pays de l’OCDE, on est très en-dessous. À l’année, on est à 639 heures d’enseignement par an dans le second degré, contre 707 pour l’OCDE et 758 en Allemagne par exemple. On peut donc très largement augmenter le temps d’enseignement de nos professeurs. Même si on n’augmentait que de deux heures le temps d’enseignement des agrégés et des certifiés, cela équivaudrait à 47 000 postes à temps plein, selon un calcul de l’Ifrap. C’est considérable, et c’est ce que souligne la Cour des comptes quand elle parle d’annualisation du temps de travail", explique-t-elle d’emblée.

Agnès Verdier-Molinié appelle par ailleurs l’État à s’inspirer davantage du modèle privé. "Je pense que Jean-Michel Blanquer est tout à fait capable d’y arriver. On voit dans sa réponse à la Cour qu’il est très ouvert à tout ce qu’elle dit sur l’annualisation, sur le temps d’enseignement, sur des primes données en fonction de la performance (même si c’est un peu un gros mot dans l’Éducation nationale), avec aussi l’idée de noter les enseignants eux-mêmes, ce qui est difficile à accepter pour les syndicats. En 2013, La Cour des comptes comparait déjà la gestion des ressources humaines entre l’enseignement public et privé, et elle soulignait qu’il fallait s’inspirer des méthodes du privé et des méthodes étrangères. Proposer par exemple que le chef d’établissement puisse être beaucoup plus un évaluateur de sa propre équipe pédagogique", avance-t-elle.

"Changer la répartition des moyens entre public et privé"

Pour la directrice de l’Ifrap, il faudrait même aller plus loin que ce que préconise la Cour des comptes. "L’idée, c’est évidemment une plus grande autonomie des établissements et une meilleure évaluation des enseignants pour les payer mieux quand ils sont dans une logique d’enseigner mieux et de faire mieux progresser leurs élèves. Il faut savoir qu’on a plus d’élèves en difficulté en 2015 qu’en 2006 alors que la dépense d’éducation est dans la moyenne des pays comparables à la France. On dépense beaucoup, mais sans évaluer. C’est l’éternel problème français, mais ça se voit encore plus dans les questions d’éducation. (…) On souhaite aller plus loin puisqu’on a dit qu’il fallait aussi changer la répartition des moyens entre l’enseignement privé sous contrat et l’enseignement public. Aujourd’hui, on a une règle tacite qui dit de ne pas avoir plus de 20% d’élèves d’une tranche d’âge dans l’enseignement privé sous contrat. Pourquoi avoir cette règle, alors qu’en augmentant le nombre d’écoles, collèges et lycées privés, on pourrait très bien faire des économies ?", déclare-t-elle.

Réécoutez en podcast l’interview d’Agnès Verdier-Molinié dans le Grand Soir Sud Radio 

 

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laurent
- Mercredi 4 octobre 2017 à 19:20
L'intervention ne me semble peu pertinente. En effet, l'éloge du privé ne prend pas en compte le fait que l'enseignement trie ses élèves et désinscrits ceux qui feraient baisser les statistique de réussite aux examens alors que l'enseignement public garde l'ensemble des élèves, quels que soient leurs niveaux. Pointer les échecs d'un système sur la base des résultats uniquement, sans se poser la question du contenu des programmes est une véritable supercherie....
gougeon
- Jeudi 5 octobre 2017 à 21:38

Cette fondation IFRAP est un outil de destruction de l'Etat, dont la directrice actuelle se dit économiste alors qu'elle n'a qu'une maîtrise d'histoire. Pour autant, cela n'empêche aucunement qu'elle soit invitée sur de nombreux plateaux TV et qu'elle y raconte des âneries plus grosses qu'elle !
cette fondation, reconnue d'utilité publique (ce qui lui permet au passage de recevoir de nombreuses sommes d'argent déductibles d'impôts) se dit experte dans de très nombreux domaines.
Bref, ma question, à quoi sert cette fondation ?
1- faire "du fric"
2- instiller des contre-vérités dans l'opinion publique
Bref, il serait grand temps que cette fondation perde son statut d'intérêt public, car c'est une véritable imposture et, qui plus est, sur l'argent du contribuable !
De l'art de "cracher dans la soupe"...
Bref, pour ma part, c'est la bourge de service, propriétaire avec sa famille d'un château dans le bordelais et qui ne respecte pas le travail des fonctionnaires. Analysez son cursus, vous vous demanderez ensuite ce qu'elle peut connaître du travail, que ce soit celui du fonctionnaire ou d'un employé du secteur privé...
ouistiti
- Samedi 7 octobre 2017 à 12:33
avec l'union européenne point de salut vive le Frexit par l'article 50 du TUE et retrouver notre entière souveraineté pour réaliser des coopérations avec le monde entier notamment les pays européens Russie comprise dans le sens des intérêts des français et non des polonais, étasuniens, ou autre chinois. a bas l'UE et vive le conseil européen
ouistiti
- Samedi 7 octobre 2017 à 12:38
l'IFRAP est pour l'ultralibéralisme au seul et unique profit des milliardaires propriétaires de multinationales au détriment de 99.99% du reste de la population. L'IFRAP est un organisme antidémocratique qui verrait d'un bon œil l’asservissement de la population à quelques intérêts privés
Pikachu
- Samedi 7 octobre 2017 à 17:54
On ne cesse de parler du temps de travail des enseignants en prenant en exemple l'Allemagne. Quand parlera-t-on aussi de leur salaire ?

FRANCE : professeur certifié après 15 ans de carrière : moins de 40 000 euros par an pour 639h de travail (soit moins de 62,6 euros de l'heure - BRUT).
ALLEMAGNE : professeur après 15 ans de carrière : 60 000 euros par an pour 758h de travail (soit 79.2 euros de l'heure - BRUT).
Soit un salaire à ré-hausser en France de 26.5% !!!

Vous voulez réformer ? OK réformons ! Mais il va falloir penser à tout !

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