Christian Chevalier : "Faire peur aux fumeurs n’a jamais fait arrêter personne"

Paquet neutre tabac buraliste(©LOIC VENANCE - AFP)
Paquet neutre tabac buraliste(©LOIC VENANCE - AFP)

Invité du Grand Matin Été sur Sud Radio, le tabacologue Christian Chevalier est revenu sur l’impact du paquet neutre sur les ventes de tabac, qui ont bondi de près de 10% au premier semestre.

A-t-on tout essayé face à l’addiction au tabac ? Alors que selon l’Observatoire français des drogues et toxicomanies, les dépenses de santé directement liées au tabac s’élèvent à plus de 16 milliards d’euros par an en France, les ventes de tabac ont augmenté de près de 10% au premier semestre par rapport à l'an dernier, remettant en question l’efficacité du paquet neutre pour lutter contre le tabagisme. Mais selon le tabacologue Christian Chevalier, invité du Grand Matin Été sur Sud Radio ce jeudi, il est encore trop tôt pour parler d’échec de ce paquet neutre. "Le monde journalistique s’est un petit peu trompé sur le but de ce paquet neutre. En réalité, il ne s’agissait pas de faire diminuer la consommation dans les bois qui suivaient sa mise en place, on est davantage sur du long terme. Quelqu’un qui fume aujourd’hui ne va pas s’arrêter à cause du paquet neutre", explique-t-il.

Alors que la France pourrait s’acheminer dans les prochains mois vers un paquet de cigarettes à 10€, une telle mesure irait dans le bon sens selon le tabacologue, qui pointe néanmoins certaines limites. "C’est une bonne chose, mais il y a un effet qui est assez peu souvent soulevé. Une grande partie des fumeurs se trouvent en effet dans un domaine social "en bas de l’échelle" ; ces gens-là sont extrêmement accrocs à la cigarette et vont en acheter quel que soit le prix. La personne qui va vouloir continuer à fumer alors que les prix auront fortement augmenté se tournera alors vers du tabac de fraude, ce que les buralistes mettent en avant", dit-il.

"Ce qui paraît évident aux non-fumeurs ne l’est pas pour les fumeurs"

Comment lutter efficacement contre le tabagisme alors ? En commençant par changer d’angle d’attaque selon Christian Chevalier. "Les images affichées sur les paquets neutres ont été agrandies et rendues plus impactantes. Le problème, c’est que les jeunes en font collection de ces images et se les échangent. Donc à mon avis cette idée ne sert à rien. Il faudrait éviter de vouloir faire peur aux fumeurs, parce que ça n’a jamais fait arrêter personne. Ce qui paraît évident aux non-fumeurs ne l’est pas pour les fumeurs. Arrêtons de nous poser la question des non-fumeurs pour savoir ce qu’il faut faire aux fumeurs", préconise-t-il.

Enfin, la restriction de l’autorisation de fumer dans l’espace public doit continuer à être encouragée, selon Christian Chevalier. "Il faut absolument que soit compris et assimilé le fait qu’on ne doit pas fumer à certains endroits. Si on continue d’augmenter le nombre d’endroits où on ne peut pas fumer, on aura une diminution du tabagisme, même si ce ne sera pas immédiat. Il y a des années qu’on a interdit de fumer dans les cinémas, et aujourd’hui, un fumeur sait très bien qu’il ne peut pas fumer dans un cinéma donc son cerveau ne lui demandera pas de fumer", argumente-t-il.

Retrouvez ici l'intégralité de l'interview de Christian Chevalier dans le Grand Matin Été sur Sud Radio

 

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Pierre
- Samedi 19 août 2017 à 22:44
Ce qu'il faut par contre essayer de maîtriser c'est la diffusion des mégots dans l'espace public.
4.000 MILLIARDS de mégots sont jetés chaque année dans l'espace public par les fumeurs.
Cela doit bien avoir un impact économique et écologique pour tous. Qui paye?
Que l'on sache, on est pas obligé de marcher sur des mégots dans la rue ou sur les trottoirs!
Quelques propositions ont été faites sur le site " DNF ". Elles pourraient peut-être être examinées

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