éditorial

L'édito de Christophe Bordet

Christophe Bordet
Politique

Comment l'assaillant de Marseille, arrêté alors qu'il était sans-papiers, a pu être remis en liberté ?

Christophe Bordet revient aujourd'hui sur le couac autour de la remise en liberté de l'assaillant qui a mortellement poignardé deux jeunes femmes à Marseille.

Trois jours après l'attaque ayant coûté la vie à deux jeunes femmes dans la cité phocéenne, la question qui brûle toutes les lèvres est la suivante : comment l'assaillant, arrêté pour un délit alors qu'il était en situation irrégulière en France, a pu être remis en liberté ? On sait désormais que l'individu n'a pu être expulsé en raison de l'absence d'effectif en préfecture du Rhône, mais aussi parce que le C.R.A (Centre de rétention administrative) de Lyon était saturé. Une enquête administrative est en cours afin de déterminer s'il y a eu, oui ou non, des dysfonctionnements.

Tout d'abord, il faut savoir que la préfecture du Rhône tient les samedis, dimanches et jours fériés une "permanence éloignement" de 9h à 17h, destinée à prendre les mesures nécessaires lorsque les étrangers en situation irrégulière sont interpellés. L'Inspection générale de l'administration va devoir déterminer maintenant si le dossier de l'assaillant a été présenté ou non pendant les horaires de présence du fonctionnaire. Si ce n'est pas le cas et si le centre de rétention était plein à craquer, la décision de le relâcher a pu en effet être prise. Attendons tout de même les conclusions de l'enquête d'ici la semaine prochaine et essayons bien évidemment de comprendre.

Intéressons-nous d'abord aux expulsions : comment ça marche ? La loi est tellement bien faite que les échecs sont nombreux si l'on en croit les syndicats de policiers avec lesquels j'ai pu m'entretenir. LE problème, c'est que depuis quelque temps, les centres affichent complet, conséquence de la crise des migrants. Résultat : il est de plus en plus compliqué d'y faire séjourner des individus sans-papiers coupable d'une infraction, comme l'assaillant de Marseille par exemple. Les derniers chiffres sont frappants : en gros, sur 46 000 personnes envoyées en C.R.A, seulement 11 500 ont été expulsées en 2015. Ensuite, la loi prévoit un délai de 30 jours pour expulser un étranger en situation irrégulière. L'individu est interpellé, on lui donne un formulaire, on le laisse en liberté en lui disant de se présenter à l'aéroport dans 30 jours avec le document pour prouver qu'il rentre bien chez lui. Autant vous dire que ça ne marche pas du tout. 99% d'échecs selon les policiers. S'il a fui son pays, ce n'est pas pour y remettre les pieds bien sûr, c'est une évidence.

Enfin, il reste l'expulsion immédiate. Pas si immédiate que ça en réalité car il faut l'autorisation du pays d'origine pour accueillir l'individu et souvent ces pays refusent. Bref, ce que fait apparaître ces informations et le couac de Marseille, c'est qu'il faut revoir toute la politique qui existe maintenant depuis des décennies.

>> L'intégralité de la chronique est disponible en podcast

 

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